Interculturalité en Guyane : une compétence clé pour transformer les pratiques professionnelles

Un territoire aux identités plurielles

La Guyane, seule région européenne située en Amérique du Sud, est un territoire unique au monde. Couverte à 96 % par la forêt amazonienne, elle regroupe plus de 139 nationalités, une quarantaine de langues parlées, et une mosaïque de cultures issues de peuples autochtones (Wayanas, Teko, Kalin’a…), communautés bushinengués, créoles, hmongs, haïtiennes,
brésiliennes, surinamaises, dominicaines, métropolitaines, entre autres.

Cette diversité culturelle, linguistique et sociale façonne la vie quotidienne, les interactions sociales, et bien sûr les dynamiques professionnelles. Pourtant, l’interculturalité reste trop souvent perçue comme « naturelle » ou « innée », alors qu’elle représente en réalité un enjeu de compétence professionnelle à part entière.

Comprendre l’interculturalité en Guyane

Une diversité culturelle structurelle

La Guyane française est traversée par une multitude de cultures, de références sociales et de
systèmes de valeurs. On y trouve :

  • Des peuples autochtones (Wayanas, Teko, Kalin’a, etc.)
  • Des communautés bushinengués (Saramakas, Paramakas, Alukus…)
  • Une population créole locale
  • Des récents arrivants issus des émigraés haïtiens, brésiliens, dominicains, surinamais,
    hmongs, etc.
  • Des fonctionnaires et salariés métropolitains
  • Une jeunesse en grande mutation

    Cette pluralité ne se limite pas à l’origine ou à la langue. Elle implique des différences
    profondes dans :

  • les rapports au temps et à l’espace,
  • les formes d’autorité,
  • les modes d’apprentissage,
  • la relation à la maladie, au soin, au travail, à la famille,
  • les systèmes de croyances et d’interdits.

L’interculturalité : une compétence professionnelle sous- estimée

Travailler, accompagner, manager ou soigner en Guyane implique bien plus qu’une simple tolérance des différences. Il s’agit de comprendre, reconnaître et mobiliser activement la diversité comme une richesse, tout en étant conscient des tensions et des défis qu’elle peut susciter.

Dans le champ de la cohésion sociale, de la santé, de l’éducation ou de l’entreprise, les questions suivantes reviennent sans cesse :

  • Comment créer une cohésion d’équipe quand les références culturelles divergent ?
  • Comment établir un référentiel commun sans gommer les identités ?
  • Comment éviter les jugements et les biais dans l’accompagnement d’un public pluriel ?
  • Comment reconnaître et dépasser les logiques de domination ou de repli sur soi ?

Le modèle de Cohen-Émérique : un outil pour penser l’interculturalité

Trois phases clés pour comprendre et agir

La psychologue Margalit Cohen-Émérique, chercheuse et psychologue interculturelle, propose une approche en trois phases, aujourd’hui largement utilisée dans les formations de Resources and Development.

1. La décentration

Il s’agit de prendre conscience de ses propres normes, valeurs et représentations. Le professionnel apprend à observer son propre cadre de référence, à identifier ses filtres culturels et à reconnaître l’impact de ses croyances sur sa posture professionnelle.

2. La compréhension du cadre de l’autre

Cette phase invite à s’informer sur les repères culturels de l’autre, à mobiliser l’écoute active et l’empathie pour comprendre les comportements et attentes dans leur contexte. C’est une étape essentielle pour sortir des malentendus et construire un dialogue vrai.

3. La négociation

Enfin, la phase de négociation permet de trouver des points d’équilibre entre les référentiels, sans nier les conflits. Le professionnel se demande : jusqu’où puis-je respecterles pratiques de l’autre sans compromettre mon cadre professionnel ou éthique ? Cette phase engage parfois des ajustements institutionnels ou des médiations.

Une approche adaptée à la Guyane

Ce modèle est particulièrement pertinent pour la Guyane, car il invite à :

  • Sortir des étiquettes figées sur les cultures
  • Valoriser les savoirs situés,
  • Agir concrètement pour adapter ses pratiques sans nier les contraintes de terrain.

Les spécificités de l’interculturalité guyanaise

Dans un territoire où les relations sociales sont traversées par des dynamiques domination historique, des inégalités d’accès à la santé, à l’éducation ou à l’emploi, l’interculturalité devient une clé de transformation sociale.

Elle ne concerne pas seulement l’origine ou la langue, mais touche aussi :

  • Les différences d’âge ou de génération
  • Les appartenances religieuses ou philosophiques
  • Les statuts sociaux ou juridiques
  • Les identités de genre ou les handicaps

    Autrement dit, toute relation est potentiellement interculturelle. Et toute relation professionnelle mérite une attention aux différences, aux zones d’incompréhension, aux effets d’« othering » (nous/eux), de stéréotypes ou de discriminations inconscientes.

Pourquoi former à l’interculturalité en Guyane ?

L'interculturalité en Guyane avec Resources and Development

Des besoins exprimés par les professionnels

Les études menées localement (dont l’enquête R&D/Université de Guyane, 2024) montrent que :

  • 80 % des professionnels interrogés disent être confrontés à des situations interculturelles sensibles dans leur quotidien. 

  • Près de la moitié n’ont jamais reçu de formation à ce sujet,
  • Beaucoup expriment un sentiment d’impuissance ou de décalage face à des publics perçus comme difficiles

Des secteurs particulièrement concernés

  • Santé et social : incompréhensions autour des parcours de soins, rapport au corps,
    croyances.
  • Éducation : différents styles d’apprentissage, rapport à l’autorité, plurilinguisme.
  • Administration et accueil du public : décalages sur les attentes, les codes de
    politesse, les rapports à la loi.
  • Entreprise : management interculturel, gestion d’équipe plurielle, intégration des
    salariés expatriés ou locaux.

L’expertise de Resources and Development sur le sujet de l’interculturalité

Resources and Development, organisme labellisé Qualiopi, agit depuis plusieurs années en Guyane avec une conviction forte : l’interculturalité ne s’improvise pas, elle se construit, se transmet et s’entretient.

Nos actions de formation s’appuient sur :

  • Une approche anthropologique, historique, linguistique et expérientielle
  • La mise en pratique concrète à partir des vécus professionnels des stagiaires
  • Des outils issus du design thinking, de l’écoute active, de la communication non-violente
  • Un dialogue constant entre savoirs scientifiques et savoirs de terrain

Conclusion : vers une culture professionnelle interculturelle

En Guyane, personne ne traverse la vie sans croiser l’autre. L’autre qui parle une langue différente. L’autre qui ne mange pas la même chose. L’autre qui ne comprend pas nos codes. L’autre qui nous renvoie à nos limites, à nos a priori, à nos jugements.

Mais l’autre, c’est aussi celui ou celle qui nous enrichit. Qui nous pousse à réfléchir autrement. Qui nous rappelle que vivre et travailler ensemble, ça se travaille et ça se construit.

Chez Resources and Development, nous accompagnons les professionnels de Guyane à mieux naviguer dans ce contexte interculturel. On crée des espaces pour penser, pour douter, pour se remettre en question. Et surtout, pour avancer ensemble.

Parce que dans ce territoire si vivant, si complexe, si exigeant, l’interculturalité doit être appréhendée sous ses multiples facettes. C’est notre réalité. Et c’est peut-être aussi, notre plus belle ressource.